Joseph Fiennes, l'ambition et le sourire
Hubert Heyrendt
Mis en ligne le 14/02/2007
From La libre Belgique



Plein de charme et d'humour, le frère de Ralph Fiennes creuse son sillon. Il était à Berlin pour défendre Goodbye Bafana du Danois Bille August.


Découvert il y a presque dix ans avec Shakespeare in Love et Elizabeth, Joseph Fiennes a mis quelques années avant de retrouver des rôles plus marquants. Présenté dimanche soir en compétition à Berlin, Goodbye Bafana est de ceux-là...


"C'est le genre de rôles que je recherche. J'ai la bonne trentaine maintenant et je sens enfin que l'on me propose des choses qui m'attirent plus qu'il y a dix ans. Shakespeare in Love m'a ouvert d'énormes portes, a été une expérience incroyable mais a aussi rétréci mon champ d'action. Il m'a fallu quelques années pour apprendre à refuser toujours les mêmes rôles romantiques que l'on me proposait. Au théâtre, j'ai beaucoup de liberté, je veux que ce soit la même chose au cinéma. Je vis très confortablement, je ne fais pas cela pour l'argent mais par passion, par envie de relever des défis. Parfois j'échoue et quand c'est le cas, je me relève et j'échoue encore mieux. C'est pourquoi je refuse beaucoup de pop-corn movies ou de films d'action. Pour moi, il n'y a pas vraiment de défi à jouer devant un écran vert..."


On en est loin dans cette coproduction belge réalisée par le Danois Bille August, dans laquelle l'acteur anglais interprète le rôle principal, celui du Sud-Africain James Gregory, gardien de prison blanc de Nelson Mandela pendant plus de 20 ans. Un personnage difficile à appréhender. "Je n'ai aucune sympathie pour un régime qui a traité de manière inhumaine 20 millions de noirs dans leur propre pays. Intellectuellement, je peux essayer de comprendre, de me replonger 300 ans en arrière. Mais ma clé pour jouer James Gregory a été la famille. C'était pour moi la seule manière de l'aimer, d'éprouver de la sympathie pour lui. Il a une femme, deux enfants, il veut qu'ils aient un toit, à manger sur la table, une voiture, deux télévisions... Ces gens qui bossaient dans les prisons n'étaient pas Einstein, n'étaient pas de grands intellectuels. James a mis presque 27 ans à se rendre compte que l'homme qu'il gardait était un avocat, un professeur, que, finalement, il était peut-être bien un combattant de la liberté. Il met du temps à ne plus réagir avec ses tripes mais avec sa tête. La situation en Afrique du Sud était très complexe. Beaucoup de blancs ont une relation très fusionnelle avec les noirs. Il y a 200 ou 300 ans, beaucoup de bébés étaient nourris au sein par des nourrices noires; 36 pc de la population blanche ne le sait pas toujours mais a du sang noir, est parfois plus noire que blanche. Les enfants des expatriés blancs passaient plus de temps avec les enfants noirs, apprenaient leur langue, à se battre au bâton... C'était une situation totalement schizophrénique car, dans le même temps, les blancs refusaient que les noirs puissent prendre le pouvoir. Ils protégeaient leurs familles, leur religion..."


Révéler l'Afrique


Ce n'est pas la première fois que Joseph Fiennes vient à Berlin. Il y était il y a deux ans pour Man to Man de Régis Wargnier, qui traitait déjà des relations entre Occident et Afrique. "Il y a eu tout un temps un focus sur l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud, avec des films comme Amores Perros, Y tu mamá también ou La Cité de Dieu. Aujourd'hui, cela change avec The Constant Gardener, Blood Diamond... L'Afrique est la cour de récréation de beaucoup de gouvernements, d'industries depuis des années. Il suffit de regarder les conflits sur les diamants, le pétrole... Vous payez vos impôts, une partie va au Fonds monétaire international qui monte des projets pour extraire du pétrole en Angola, où les gens n'ont absolument rien. Les Africains ne touchent absolument rien sur l'exploitation de leur sol ! Qu'on le veuille ou non, nous sommes liés à ce qui se passe en Afrique. Nous devons être conscients que nous sommes en partie responsables de la misère, de la douleur, de la pauvreté des populations de ces pays. Il est donc totalement normal que le cinéma commence à s'y intéresser."


A bientôt 37 ans, Joseph Fiennes semble arriver à l'âge de la maturité et ne nourrit aucun regret... Même pas celui d'avoir dû refuser Le Pianiste, qui a révélé Adrien Brody au grand public. "Même si le film n'avait pas eu autant de succès, j'aurais regretté de ne pas l'avoir fait car j'ai aimé ma rencontre avec Roman Polanski. Mais je m'étais déjà engagé sur une pièce classique. Ç'aurait été merveilleux de pouvoir faire les deux. Mais on ne peut pas vivre dans le regret..."